« Sans le TDAH, je n’aurais jamais autant de cordes à mon arc »

Une jeune mère parle de son vécu


Publié le 20 mars 2017

Jessica Lavoie.

©Photo: TC Media-Dominique Savard

DIAGNOSTIC. Vivre avec un enfant souffrant d’un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) n’est pas une corvée dans la famille de Rémi Bergeron et Jessica Lavoie. La mère de trois jeunes âgés de 4 ½, 3 ½ et 2 ans, est elle-même atteinte de ce trouble et elle croit bien que ses deux plus jeunes seront diagnostiqués également.

J’ai toujours tout fait en accéléré, même si ce n’est pas normal pour les gens. — Jessica Lavoie

« Olivier a été diagnostiqué malgré son jeune âge, ce qui veut dire qu’il est de grade sévère. Je constate aussi des symptômes chez les deux plus jeunes. De mon côté, je sais depuis longtemps que je suis différente des autres », mentionne la Jonquiéroise qui est en attente du rapport d’un neuropsychologue qu’elle a consulté à la suite du diagnostic de son fils.

Jessica est, notamment, hyperactive. Incapable de s’arrêter, elle porte plusieurs chapeaux et ce n’est jamais assez.

« J’ai trois enfants et j’en aurais beaucoup d’autres. Je suis aussi infirmière en plus de suivre quatre cours à distance à l’université en soins infirmiers. Je m’occupe également de la gestion de l’entreprise familiale et je suis représentante pour les produits Tupperware.

« Je n’ai pas de routine. Je peux aller faire de la motoneige ou l’épicerie à 22h, faire de la bouffe en quantité industrielle, mais oublier les petits détails. Selon moi, sans le TDAH, je n’aurais jamais eu autant de cordes à mon arc. Je ne réalise pas tout ce que j’ai fait, car je n’en fais jamais assez. »

Quand on lui demande si elle craint que ces deux plus jeunes enfants soient aussi diagnostiqués, Jessica répond du tac au tac: « Je ne crains pas, je crois qu’ils vont l’être, car je perçois des symptômes qui ressemblent à ceux de leur frère. Le TDAH est vu négativement par la société.  Mais, je n’aurais pas tout ce que j’ai et je n’aurais pas réussi tout cela, si je n’étais pas atteinte. Ça n’empêche pas de réussir dans la vie, de fonctionner et d’avoir une carrière. J’avoue que je n’aurais pas pu travailler dans un bureau de 9 à 5, car il faut quand même que ça bouge.  »

Jessica avec ses trois enfants lors d’une sortie de magasinage.

©Photo: Gracieuseté

Établir des stratégies

Pour le petit Olivier, les premiers symptômes perçus à l’âge de 3 ans sont le trouble du langage, l’incapacité à demeurer assis, la difficulté à appliquer les routines quotidiennes, etc.

« À cet âge, ça veut dire que le trouble est sévère », mentionne Myriam Harvey, l’éducatrice spécialisée œuvrant pour l’Association PANDA (Personnes aptes à négocier le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité).

Mme Harvey visite la famille une fois par semaine afin d’établir des stratégies pour aider au fonctionnement quotidien.

« Le cerveau de Jessica est celui d’un sprinter et non d’un marathonien. Elle a besoin de cette adrénaline pour fonctionner, ce qui fait que la routine est difficile pour elle aussi. Parmi les stratégies, il y a des tableaux, par exemple, avec les actions routinières à faire chaque jour. Souvent le parent atteint n’est pas constant parce qu’il n’est pas organisé lui-même. C’est là que ça prend le papa dans ce cas-ci », ajoute Mme Harvey.

Jessica souligne que son "chum" est un homme très positif et qu’il a la personnalité parfaite pour vivre avec une blonde souffrant du TDAH.

« Il m’aime pour mes qualités. Il faut seulement inverser les rôles pour la routine et les tâches, mais il accepte bien cela », de conclure la sympathique et dynamique maman.

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