Soulagement et sentiment partagé après 187 jours de lock-out

Dominique Savard
Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Quel soulagement pour l’ensemble de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et plus particulièrement pour les familles des 780 travailleurs de l’usine Rio Tinto Alcan d’Alma ! Pour ces travailleurs, qui ont entériné à plus de 80 % l’entente de principe intervenue entre les représentants syndicaux et les dirigeants de RTA, leur sentiment est sans doute partagé après 187 jours d’un long et dur combat.

D’abord, mettre un terme à six mois de piquetage, de privations de salaire et de conflit, ça enlève un poids et une pression énorme sur les épaules de ces lock-outés. Et pour les exécutifs syndicaux, il faut ajouter le stress et la responsabilité envers les membres qui comptent sur eux pour négocier une entente satisfaisante.

Pour avoir vécu pareille situation dans un passé pas si lointain où, cette fois, le lock-out au Réveil avait perduré pendant 350 jours, il m’est très facile de comprendre ce que ces gens ressentent. Même si un conflit de travail aussi long laisse des cicatrices, des traces qui, heureusement, s’estamperont avec le temps, il y a des gestes, des appuis, des dons, des tapes sur l’épaule, des sourires ou des coups de klaxon que ces travailleurs n’oublieront jamais. Et que dire des mouvements de solidarité de la population, des syndiqués, des camarades de toutes les allégeances qui eux aussi, resteront gravés dans la mémoire de ces lock-outés.

Après un conflit de travail, les analystes, commentateurs, monsieur et madame tout le monde tentent de trouver un gagnant et un perdant. Inutile de se pencher sur cette question bien longtemps. Si l’on se contente de calculer les salaires perdus pendant ces six mois en comparaison aux gains obtenus, l’exercice mathématique est fort simple. Pendant que les syndiqués étaient privés de leur salaire hebdomadaire et devaient se contenter de leur prestation de survie, l’Employeur vendait son surplus d’électricité à Hydro-Québec, économisait les salaires de ses 780 employés, profitait de la baisse du coût de l’aluminium pour concentrer sa production dans ses autres usines. Encore une fois, tout comme lors du lock-out de Quebecor envers ses employés du Réveil, le combat opposait David à Goliath…

Mais, heureusement, il n’y a pas seulement l’argent qui motive un conflit de travail ou quelque manifestation qui soit. Il y a les principes, l’esprit de solidarité, la conscience sociale, qui sont des motivations beaucoup moins spectaculaires en terme d’argent, mais combien essentielles pour se tenir debout. Le courage de se battre pour tenter d’assurer un emploi décent aux générations futures et des retombées économiques à la région, et ce, en mettant en péril ses propres bénéfices, est tout à l’honneur de ces travailleurs.

Exemple de courage

Qu’elle soit justifiée ou non par l’ensemble de la population, la lutte menée par le Syndicat des travailleurs de l’Usine d’Alma est un exemple de courage, de détermination et de solidarité. N’empêche qu’elle démontre aussi la force des multinationales comme RTA qui ont le pouvoir de faire plier les genoux à une région ressource comme la nôtre.

Malheureusement, beaucoup de travailleurs, d’entrepreneurs et d’entreprises de la région ont été pris en otage dans ce conflit en subissant des pertes économiques importantes. Et c’est bien dommage. Mais, il est impossible de faire des omelettes sans casser des œufs…C’est sans doute ce qu’ont pensé les travailleurs de l’Usine d’Alma en décembre dernier quand ils ont refusé les dernières offres de l’Employeur avec l’épée de Damoclès d’un lock-out au-dessus de la tête.

« On a obtenu quelque chose qui ne se négocie pas : le respect », a déclaré le président du Syndicat Marc Maltais lors du dévoilement du vote de jeudi dernier. Très bien dit M. le président. Vous pouvez, en effet, tous rentrer au travail la tête haute, même s’il faudra beaucoup de temps pour cicatriser les plaies de ce long conflit, qu’elles soient monétaires et/ou morales !

Organisations: Employeur, Hydro-Québec, Quebecor Le Syndicat des travailleurs de l’Usine d’Alma

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires