Les jeunes doivent vivre leur deuil

Prévention du suicide

Mélanie Labrecque melanie.labrecque@tc.tc
Publié le 8 novembre 2016

Les adultes ne doivent pas tenter de contrôler la façon dont les enfants vivent leur deuil.

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SOCIÉTÉ. La mort et le deuil touchent tout le monde, même les enfants. Trop souvent, les parents, dans un désir de les protéger, ne les laissent pas s’exprimer et apprivoiser cette perte. Les impacts de cette décision, pleine de bonne volonté, pourraient avoir de funestes conséquences pour ces jeunes.

«Je suis obligée de dire que si on continue à ne pas vouloir aborder ces sujets-là avec les enfants, on crée une génération pour qui mourir devient une option intéressante», a répété à plusieurs reprises la fondatrice et directrice générale de Deuil Jeunesse, Josée Masson.

Du coup, elle désapprouve toutes les tentatives d’enjolivement de la mort. Elle croit qu’il faut leur expliquer ce que c’est réellement. «C’est dangereux de leur dire que la mort est super belle alors qu’ils sont en train de vivre la plus grande épreuve de leur vie.»

Lucie Pelchat, qui est conseillère à la formation à l’Association québécoise de prévention du suicide, trouve cette hypothèse intéressante. Elle souligne que dans les écrits qu'ils ont laissé avant de poser ce geste, ils mentionnent souvent que le suicide leur servira à avoir une vie meilleure.

«Ils ont l’impression que leurs proches vont être mieux sans eux, qu’ils vont les libérer. En vivant un deuil douloureux en étant plus jeune, peut-être que cette idée viendra moins facilement en période d’adversité.»

En 20 ans de pratique, Josée Masson affirme qu’elle n’a jamais rencontré un enfant traumatisé d’avoir vu et touché un mort. Par contre, elle en a connu plusieurs qui en voulaient à leur parent de ne pas leur avoir permis de le faire.

Implication

Josée Masson insiste sur le fait que les enfants devraient être impliqués dans le processus funéraire. Il faut les amener au salon funéraire, ils peuvent être présents lors du choix du cercueil…

Pourtant, certaines personnes montrent une résistance farouche. «Je me suis fait crier par une famille que j’étais ignoble. Ils m’avaient expliqué que l’enfant avait énormément de peine à cause du décès de son grand-père. Je leur ai mentionné qu’ils pouvaient l'amener lorsqu’ils viendraient l’identifier. Ils m’ont dit que j’étais un être ignoble de vouloir soumettre un enfant à ça», a raconté la directrice aux opérations du groupe Garneau, Marie Ève Garneau.

Lorsque les adultes se permettront de vivre pleinement le deuil d’un disparu, ils seront en mesure de l’expliquer à leurs enfants, croit Mme Garneau. Toutefois, rien ne doit être brusqué, tout doit se faire en douceur, selon elle.

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