Jimchab, victoire avec un grand V sur l'intimidation

Reine Côté reine.cote@tc.tc
Publié le 21 octobre 2016

Jimmy Chabot est devenu jimchab pour les Manitobains, qui l'ont adopté comme morning man.

©Photo: Gracieuseté Mathieu Pouliot-Labelle

Il bégayait et se faisait intimider par ses camarades de classe depuis l’âge de sept ans. Puis un jour, il a pris son courage à deux mains et s‘est présenté à la présidence de l’école secondaire Jean-Raimbault, qu’il a remporté contre vents et marées. Voici l’histoire du morning man Jimmy Chabot, maitre d’œuvre d’une remarquable résilience.

Je suis exactement là où j’ai toujours voulu être Jimmy Chabot

Dans les Prairies où il travaille, on le connaît sous le nom de jimchab. Depuis un an, le jeune Drummondvillois de 21 ans est morning man à la radio communautaire du Manitoba, Envol 91 FM. L’année précédente, il s’était exilé dans le Nord de l’Ontario pour entamer une carrière d’animateur après avoir terminé sa formation au Collège Radio-télévision de Québec.

Devenir animateur radio était l’un des rêves du fils d’Yves Chabot, un homme connu dans le milieu médiatique. Sa carrière, Jimmy l’a poussée seul, sans l’aide de personne. Il a cru en lui, sa détermination a fait le reste. «Je suis exactement là où j’ai toujours voulu être», lance spontanément le jeune homme, en ligne à l’autre bout du pays.

 Victoire sur l’intimidation

Pourtant, l’auteur de ces paroles n’a pas eu un parcours facile. Loin de là. Bègue, Jimmy se faisait intimider par ses camarades de classe depuis l’âge de sept ans.

Chaque fois qu’il devait prononcer son prénom, Jimmy butait sur le «my» à répétition, ce qui faisait rigoler les autres. Puis, ils se sont mis à se moquer de lui, de son bégaiement. Il en souffrait tellement qu’il a pensé au suicide.

Le calvaire de Jimmy a pris fin au 5e secondaire. Un jour, sous les encouragements de l’animatrice de vie étudiante Louise Mailhot, il a pris confiance et a inscrit son nom sur la liste des prétendants à la présidence de son école. À chaque jour, il s’accaparait du micro pour parler à ses camarades écoliers.

S’il n’a pas obtenu l’adhésion des étudiants du 5e secondaire, il est vite devenu populaire auprès des plus jeunes, en raison de l’entrain qu’il dégageait. «Imaginez, j’ai remporté sur mon meilleur ami et les deux filles les plus populaires de l’école», insiste-t-il.

Sa victoire à l’élection étudiante l’a profondément marquée.  Il venait de renaitre. «On m’a dit récemment que j’avais été le président à la voix la plus retentissante parce que j’étais le porte-voix de tous ceux qui souffraient en silence», souligne-t-il fièrement.

Il ne s’est plus jamais tut depuis. Son premier geste à titre de président de l’école a d’ailleurs été de faire adopter une charte contre l’intimidation, comportant une série de mesures de soutien. La triste fin de Marjorie Raymond venait d’éclater dans les médias.

Au bout de ses rêves

 Jimmy a retenu l’exemple de personnalités publiques au parcours étonnant : J. K. Rowling, qui s’est fait refuser son bouquin Harry Potter par plusieurs éditeurs, Walt Disney, renvoyé d’un journal pour manque d’imagination, Einstein, le dyslexique. Ces gens ont réussi à percer. Pourquoi pas lui, qui prenait la peine de s’entrainer à parler devant un public ?

À 17 ans, une occasion en or se présente ; celle d’être animateur au Tournoi Midget de Drummondville. «Je remplaçais des gens d’expérience et on a cru en moi. Ça m'a fait chaud au cœur de voir ces gens que tu respectes autant apprécier ce que tu fais. C’est là que mon amour de la radio est né», raconte le Néo-Manitobain.

Jimmy Chabot avait envie de concrétiser ses rêves. Il s’est donné les moyens. Après sa formation au collège privé de Québec, il est parti, sac au dos, en direction du ROC. «Va te péter la gueule en région», l’avait-on prévenu, à la sortie de l’école. «C’est exactement ce que j’ai fait.»

Du sport à la culture

À l’aube du secondaire, il s’était donné dix ans pour renverser son destin teinté alors d’impopularité. Ce passionné de hockey a depuis croisé sur sa route des personnalités que d’aucun lui envierait, dont Guy Lafleur et Patrice Brisebois.  C’était à l’époque du Jeune Express, l’édition étudiante du journal local, pour lequel il a partagé ses rencontres.

À Winnipeg et à Saint-Boniface, jimchab s’est découvert une nouvelle passion, la culture franco-manitobaine Le Manitoba est une terre fertile pour la culture francophone, assure le jeune animateur qui se démène quotidiennement pour faire reconnaître le talent des Franco-Manitobains. Il a aussi développé le «vlog» quotidien.

Il commence à raconter l’intimidation dont il a souffert. Il a livré quelques conférences à ce sujet devant des élèves. La semaine dernière, il publiait une lettre ouverte pour la première fois dans un média. «Ça me tenait à coeur de partager mon histoire, car j’ai réalisé tous mes rêves.»

Jimmy Chabot a à peine entamé la vingtaine qu’il a déjà aposé son empreinte personnelle. «C’est ce qu’on vit dans le passé qui forge notre identité. Mon parcours m’a permis de devenir un homme mature qui apprécie chaque seconde de la vie.»