Jean-Pierre Bergeron est content d'être vivant

Prévention du suicide

Dominique Savard dominique.savard@tc.tc
Publié le 4 février 2016

HOMOSEXUEL. « Adolescent, j'ai souvent pensé au suicide. Grandir homosexuel dans une société largement homophobe ajoutait une pression extrême au processus de l'adolescence. J'ai 64 ans et depuis 35 ans, je peux dire que je suis content d'être vivant et que ma vie vaut la peine d'être vécue. »

Invité au Cercle de presse du Saguenay en compagnie de Laurent Thibeault du Centre de prévention du suicide 02 et Stéphanie Gagné, copropriétaire de Jim & Jane Productions, hier matin, l'acteur, scénariste et réalisateur Jean-Pierre Bergeron lance un appel de ne pas passer à l'acte aux personnes qui sont tentées par le suicide, particulièrement les jeunes gais, lesbiennes, transgenres.

« Ces jeunes et les plus âgés aussi sont découragés parce qu'ils reçoivent trop d'agressions, ont trop honte ou ne sont plus capables. Il faut rester en vie, car, à un moment donné, avec la persévérance, il va arriver des rencontres, des opportunités, je ne sais pas lesquelles, car chacun a une histoire de vie différente, mais celles qui persévèrent, finalement arrivent à avoir une vie qui vaut la peine d'être vécue », affirme le Jonquiérois.

Un ensemble de choses dont la spiritualité a fait que l'acteur n'a pas passé à l'acte. « Des gens m'ont aussi aidé, différentes personnes dans mon milieu de travail. Mon passage de 18 à 39 ans fut très difficile. Par la suite, les choses se sont replacées. Même si ma vie est imparfaite, je suis content de la vivre. »

Sortir du placard

Jean -Pierre Bergeron est considéré comme le premier acteur au Québec identifié à des rôles typiquement masculins (il a joué des policiers, des bandits et des figures d'autorité pendant 40 ans) à sortir du placard dans les médias. Ce qu'il a fait il y a trois ans à l'émission des Francs-Tireurs.

« J'ai passé beaucoup d'années dans le placard. Ça n'avait plus de bons sens. J'avais 60 ans, j'étais une personne publique et en même temps, je n'étais pas capable de dire qui j'étais. J'ai pris sur moi. Je ne savais pas si on allait me permettre de continuer de jouer le même genre de rôle. J'étais prêt à ne plus jouer de toute façon, si c'est ça que ça prenait pour être moi-même. Ce fut une décision financière également. J'ai eu la chance d'avoir de bons revenus en annonçant des produits généralement associés aux hommes comme de l'huile à moteur et des autos. Je n'avais aucune garantie que je pourrais retrouver ces contrats. Mais je l'ai fait pour mon plus grand bien et j'espère que de plus en plus de personnes publiques vont le faire aussi.».

Hitchhiking in the Dark

En relation avec la prévention du suicide, les trois intervenants au Cercle de presse du Saguenay, s'associent au tout premier long métrage de l'acteur et réalisateur Jean-Pierre Bergeron Hitchhiking in the Dark.

« Cette production abordera des sujets qui touchent de très près notre société et qui provoquent malheureusement trop souvent des drames déplorables. L'homophobie, l'intimidation et le suicide sont des réalités encore méconnues que nous souhaitons dénoncer afin de conscientiser et de mobiliser nos collectivités par rapport à l'entraide », souligne Laurent Thibeault du CPS 02.

L'histoire, qui est en partie d'une semi-autobiographie, se déroulera au Saguenay-Lac-Saint-Jean dans les années 60. Elle mettra en vedette Roy Dupuis et Jean-Pierre Bergeron et portera un puissant message d'espoir sur l'acceptation de soi et d'autrui.

De plus, une version adaptée du long métrage servira de document éducatif dans les écoles et lors des diverses conférences afin de sensibiliser les gens à ces problématiques, ce qui permettra d'accroître sa portée ainsi que sa pérennité », a pour sa part ajouté Stéphanie Gagné, copropriétaire de Jim & Jane Productions.