Soins de fin de vie et aide médicale à mourir vus par deux médecins

Dominique Savard dominique.savard@tc.tc
Publié le 17 octobre 2016

Soins de fin de vie.

©Photo depositphotos.com – CandyBoxImages

SANTÉ. Les docteurs Céline Benoît et Jean Mathieu ont démystifié la nouvelle loi 2 du Québec sur les dispensateurs de soins de fin de vie, dont l’aide médicale à mourir (AMM), hier, devant plus d’une centaine de membres de l’Association régionale des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ).

L’aide médicale à mourir n’est pas du tout pour se débarrasser de nos personnes âgées. Dr Jean Mathieu

« C’est une première rencontre du genre pour moi et je trouve cela extrêmement pertinent que des gens des milieux hospitaliers expliquent cette loi-là. On entend souvent des personnes très âgées qui ont une crainte par rapport à cette aide médicale à mourir en disant: « on va me donner la piqûre parce qu’on veut se débarrasser de moi. » Alors que ce n’est absolument pas la philosophie et l’esprit du législateur quand il a mis cette loi en place », mentionne le neurologue Jean Mathieu qui est notamment coordonnateur du Groupe interdisciplinaire de soutien à l’aide médicale à mourir au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le Dr Mathieu prend le soin d’ajouter que l’AMM s’adresse uniquement aux gens en fin de vie et non pas à ceux qui n’ont plus de qualité de vie.

« C’est très différent. Et la loi fédérale passée en juin reprend essentiellement le même argumentaire qu’on a tenu au Québec. Il faut comprendre que ça demeure un soin exceptionnel qui se fait dans un encadrement précis. »

Une seule demande

Depuis l’adoption de la Loi 2 concernant les soins de fin de vie en juin 2014, une seule personne a fait la demande de l’aide médicale à mourir dans la région, selon le Dr Jean Mathieu.

« Qu’il y en ait une ou cent, c’est la même organisation de services. On est dans une petite population et ça va demeurer partout au Québec un soin exceptionnel. La plupart des gens décèdent quand ils sont en fin de vie grâce aux soins palliatifs qui répondent à la grande majorité des personnes, ce qui leur permet de mourir dans la dignité. »

La présidente régionale de l'AREQ, Francine Tremblay en compagnie du Dr Jean Mathieu et de la Dre Céline Benoît.

©Photo: TC Media-Dominique Savard

Soins de fin de vie

De son côté, la Dre Céline Benoît, directrice adjointe des services professionnels au CIUSSS et coordonnatrice adjointe au Groupe interdisciplinaire de soutien (GIS), a  parlé des directives médicales anticipées (DMA) et de la sédation palliative continue (SPC).

« Le DMA m’intéresse particulièrement, car ça touche tout le monde. En effet, c’est un formulaire à remplir de 15 questions pour indiquer à l’avance les soins médicaux qu’on veut recevoir ou non dans le cas où l’on devient inapte à consentir aux soins. La DMA a la même valeur que si vous êtes devant votre médecin bien conscient et que vous lui dites ce que vous voulez. Elle a préséance sur tout, mandat d’inaptitude, volontés sous d’autres formes. Il suffit d’appeler à la RAMQ pour faire venir ce formulaire », explique Dre Benoît.

Sédation palliative continue

D’autre part, les soins palliatifs de fin de vie offrent la sédation palliative continue qui consiste à administrer un médicament à une personne en fin de vie à sa demande ou celle d’un proche, dans le but de soulager les souffrances en le rendant inconscient de façon continue jusqu’à son décès.

« La Loi n’a pas défini ce qu’était la fin de vie et quand est-ce qu’on peut donner la sédation. On s’entend grosso modo qu’on n’en donne pas si l’on pense que le patient a plus de deux semaines de vie devant lui.

« Je profite de l’occasion pour vous parler du mythe de la morphine. Les gens croient qu’on donne de la morphine et que ça fait mourir. Non, elle ne tue pas à moins qu’on en donne des doses exubérantes. D’ailleurs, on n’en utilise pas pour la sédation continue. On privilégie le propofol. Ça ne soulage pas la douleur, mais ça place le patient dans un état comateux. L’idée n’est pas de tuer, mais de s’assurer que la personne dorme jusqu’à ce que la nature fasse son œuvre », de conclure l’ex-directrice des services professionnels au Centre de santé et de services sociaux Maria-Chapdelaine.