Trou Story , une bombe que les minières veulent désamorcer

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Dominic Chamberland
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En lançant leur documentaire Trou Story au Festival du cinéma, Richard Desjardins et Robert Monderie ont largué une bombe sur l’industrie minière. Une bombe que les compagnies minières tentent de désamorcer.

Les réalisateurs de Trou Story, Richard Desjardins et Robert Monderie. «On espère qu’en voyant le film, la population soit plus critique et plus exigeante concernant les redevances minières et le respect de l’environnement. C’est le but de la démarche», a déclaré M. Monderie.(Photo: Dominic Chamberland)

Il fallait s’y attendre, les coréalisateurs originaires de Rouyn-Noranda ne font pas dans la nuance avec Trou Story. À l’aide de fascinantes images d’archives fournies par Inco et l’ONF, ils relatent l’histoire minière du nord-est de l’Ontario et de l’Abitibi en dénonçant, sur un ton à la fois poétique et sarcastique (du grand Desjardins!), les pratiques des minières en matière d’environnement et de sécurité au travail.

Et ce, tout en affirmant que depuis plus de 100 ans et encore aujourd’hui, les minières agissent avec la complicité des gouvernements qui, selon eux, perçoivent trop peu en redevances minières en plus de devoir assumer eux-mêmes, au frais des contribuables, les coûts de restauration des anciens sites miniers.

Dans l’espoir de brasser la cage et que la richesse du sous-sol québécois profite davantage à l’ensemble de la collectivité et non pas seulement aux minières, Desjardins et Monderie ont voulu frapper fort avec leur film pamphlétaire. «On espère que le film va entraîner une mobilisation de la population et un changement radical dans la loi sur les mines, a mentionné Richard Desjardins en conférence de presse.

«Une frange importante de la population subit les abus de la politique minière; on ne vit quand même plus dans des camps miniers et au temps des colonies. Encore aujourd’hui, pourtant, c’est le free mining au Québec. Peut-on imaginez qu’en 2011, l’industrie ait encore préséance sur les citoyens et le développement d’un territoire?», a-t-il raconté.

Osisko prêt à recevoir Desjardins

Les minières passent pour des gros méchants dans Trou Story et leurs représentants étaient visiblement contents de pouvoir donner leur point de vue aux médias en sortant de la salle du Théâtre du Cuivre, après avoir assisté à la première du film.

«L’approche de Monsieur Desjardins associe l’histoire minière à l’équipement de guerre au début du film, mais il effleure à peine le fait que le minerai récolté aujourd’hui sert à fabriquer des produits pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, a affirmé Hélène Thibault, de la compagnie Osisko.

«C’est dommage que le film ne montre qu’un côté de la médaille et qu’il n’illustre pas ce qu’est l’industrie minière d’aujourd'hui avec son côté social notamment, a-t-elle continué. Monsieur Desjardins n’a pas demandé à nous parler durant son tournage, mais ça nous aurait fait plaisir de le recevoir. Nous sommes d’ailleurs toujours prêts à l’accueillir», a assuré Mme Thibault.

«Je ne suis pas contre l’exploitation des ressources; ma guitare est en bois et mes cordes de guitare sont en métal!» - Richard Desjardins

De son côté, Francis Beauvais, chef des communications chez Xstrata Nickel, aurait aimé que Trou Story montre aussi ce qui se fait de bon dans les mines. «C’est un projet artistique de deux gars dont les lunettes posent un regard très historique, mais qui est à des années-lumière de la réalité d’aujourd’hui. L’industrie minière, c’est autre chose que ça. Nos normes environnementales, par exemple, sont souvent plus sévères que celles du gouvernement, et on verse pour 80 millions $ par année en salaires, en biens et en services dans la région, a-t-il souligné.

«Et en passant, le nickel sert aussi à fabriquer de l’équipement médical, entre autres choses, et pas seulement des bombes et des bateaux de guerre, comme on le voit dans le film…», a ajouté M. Beauvais.

Quel impact?

Quand les minières déplorent ne pas avoir été contactées par Richard Desjardins durant son tournage, celui-ci rétorquera qu’elles ont amplement les moyens de se faire entendre autrement. «Le cas de Malartic représente ce qui s’est passé ailleurs, malgré les discours (des minières et des gouvernements) nous disant que les choses ont bien changé», a martelé l’artiste engagé.

Lorsqu’un membre des médias lui a demandé quel impact il croyait que son film pourrait avoir, M. Desjardins a répondu: «Je ne sais pas. Le peuple invisible (son documentaire sur les Algonquins) n’a eu aucun impact, mais bon, ce sera peut-être différent pour Trou Story, ça va possiblement alimenter le débat. Après tout, les mines représentent une industrie de 20 milliards $, tandis qu’un indien, ça ne vaut pas une cenne…»

Enfin, Richard Desjardins en a lâché une autre savoureuse digne de son cru pour exprimer qu’il est en faveur d’une exploitation bien faite des ressources minières et forestières. «Je ne suis pas contre le fait d’exploiter les ressources; ma guitare est en bois et mes cordes de guitare sont en métal!», a-t-il lancé en souriant.

Un impayable esprit libre, ce Richard Desjardins.

Organisations: Inco, ONF, Osisko Théâtre du Cuivre

Lieux géographiques: Rouyn-Noranda, Ontario, Abitibi Québec Malartic

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