Pandas et compagnie

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Dixième chronique en direct de l'Asie

Pandas géants en action

Nous avons nos ours polaires; la Chine à ses pandas. De géants nounours en voie d'extinction. Nous en avons rencontré huit, dans leur habitat presque naturel.

Au Centre de recherche et d'élevage du panda géant, on veut inciter les grosses bêtes à copuler pour assurer leur survie. Ces emblèmes de la Chine vivent dans de vastes enclos... et dans des abris climatisés! L'été, au cœur du Sichuan, est horriblement chaud. Les pandas déménagent bien au frais leurs 200 livres recouvertes de pelage. C'est là que nous avons d'abord aperçu Tian Tian et Xin Xin. Ils bouffaient un déjeuner complet composé de bambou.

Le parc est vaste et invitant pour une promenade matinale. En arrivant à l'enclos des pandas juniors, les locataires sont faciles à repérer malgré l'étendue de leur habitat. Il suffit de suivre la piste auditive des «awwww!» des visiteurs charmés. Là, six gros ados se donnent en spectacle sur des terrasses en bambou. Deux d'entre eux bouffent pendant que d'autres se chamaillent et qu'un dernier égalise son bronzage. Ça prend la pose, se donne de gentils coups de pattes, mâchouille, se gratte longuement le derrière, se tortille du ventre au dos, du dos au ventre...

À chaque mouvement, ils suscitent des cris de joie. Faut dire qu'ils sont mignons. Mais certains touristes préfèrent pointer leur caméra sur nos ti-gars plutôt que sur les pandas... J'imagine qu'ils sont plus rares! Ce jour-là, nous avons admiré 0,5% de la population de pandas géants à travers le monde.

Bouddha géant

Après les pandas géants, le bouddha géant. Nous avons admiré sous toutes ses coutures rocheuses l'un des plus grands bouddhas. Il s'agit en fait de la dixième plus haute statue au monde, toutes catégories confondues. Du haut de ses 71 mètres, encastré dans une falaise, le bouddha de Leshan est imposant. Je ne les ai pas mesurés, mais j'ai lu que ses gros orteils font plus de 8 mètres!

Dafo a pris naissance il y a 1300 ans à la demande d'un moine qui voulait apaiser les eaux. Et ça a marché! En sculptant le géant à flanc de falaise, au confluent de deux rivières, les travailleurs ont excavé et jeté à l'eau suffisamment de roches pour calmer les tourbillons qui emportaient les navires.

Des escaliers de pierre, autour desquels pousse une végétation touffue et sont dissimulées quelques grottes, mènent tout en haut. De là, impossible d'admirer la statue de la tête aux pieds. Seuls son visage et son torse sont visibles. Signe du temps, des touffes d'herbe poussent dans ses oreilles et Bouddha se fait tisser un manteau de mousse et de brindilles.

Il faut attendre de longues minutes, dans une circulation humaine dense, pour descendre l'escalier à flanc de falaise. Le lieu parfait pour photographier Bouddha... et pour faire la sieste! Car c'est le moment que Louka a choisi pour s'endormir, dans les bras de papa. Il l'avait fait sur la Muraille (lire la 2e chronique), alors pourquoi pas là? Les escaliers dans laquelle la foule se pressent sont étroits et abrupts. Évidemment, Louka se réveille dès que nous sommes arrivés en bas. Frédéric, les jambes flageolantes, peste. Assis dans la falaise, Bouddha peut calmer les eaux, mais pas la marée humaine venue l'admirer.

Le Paradis des enfants

Une foire de film d'horreur. C'est ça, le Paradis des enfants. Des manèges rouillés, des wagons brisés, de l'eau brunâtre, des parois sales et décolorées, des mascottes décapitées, une sécurité déficiente... Le clown tueur faisait la sieste lors de notre passage. Les enfants avaient les yeux brillants.

Surexcités, Manu et Louka courent partout et poussent des cris de joie. Chaque fois, les responsables mettent en marche le manège juste pour nous. Pour un peu plus d'un dollar, nous avons chaque attraction pour nous seuls. Les autos tamponneuses sont rapides et leurs pare-chocs pas très rembourrés. Ça fesse! Je n'ai pas peur des montagnes russes... sauf de celles du Paradis des enfants. La Pitoune nous fait passer par un tunnel glauque avant de nous asperger d'eau bouetteuse.

Malgré le soleil qui plombe, le Paradis des enfants est lugubre. Nos garçons en redemandent. Nous finissons par leur offrir un cadeau pour nous sortir de là sans crise. Et sans faire de victime.

Nous prenons la direction du lac voisin, où nous louons une chaloupe. Genre. Une embarcation qui ne prend pas encore l'eau, avec deux morceaux de bois gossé faisant office de rames. Louka tient à ramer. Nous faisons du sur-place. Quand il cède finalement la barre à son papa, voilà que des marins d'eau douce se mettent sur notre chemin.

Même dans cet endroit bucolique, la Chine est surpeuplée. Un petit garçon au volant d'un bateau à moteur nous rentre volontairement dedans, des amoureux tentent de passer en même temps que nous sous un pont étroit, une matante pointe constamment sa caméra sur nous, des écoliers nous bloquent le passage... C'est assez!

C'est là que nous décidons de nous venger pour tous les Chinois qui se sont mis sur notre chemin au cours des deux derniers mois. Les quelques plaisanciers que nous croisons payent pour tous les autres. De sa rame, Frédéric arrose «par accident» deux gamins et leur mère qui nous coupent depuis quelques minutes. Incognito, nous nous accrochons à la corde des bateaux électriques, dont le moteur feluette finit par caler. Nous nous mettons sur la route de tous ceux que nous croisons.

C'est méchant. Mais tellement amusant! Les Chinois, pris individuellement, sont charmants. Mais à 1,3 milliard, ils ont de la difficulté à partager de façon civilisée les lieux publics et touristiques. Ils se garrochent pour couper une file, poussent dans la foule, se pilent sur les pieds, s'arrêtent ou changent de direction sans avertir, ne font pas leur angle mort sur les trottoirs... Après deux mois, nous n'arrivons pas à nous adapter à ce mode de vie sans grincer des dents. Ce jour-là, nous avions une dent contre les Chinois. Ceux qui naviguaient à nos côtés l'ont eu dans les dents!

Une forêt de pierres

D'immenses pics rocheux disposés en grappes. Un labyrinthe de sentiers sillonnant ces formations rocheuses. Ça existe à Shilin, dans le Yunnan. Il s'agit d'un paysage karstique, fort différent de celui de Yangshuo. Une véritable forêt de pierres.

Ici, on emprunte d'abrupts escaliers, là, il faut se pencher pour éviter de s'assommer sur un rocher, ou encore se contorsionner dans un étroit passage. Infatigables, nos enfants courent sur les sentiers, se frayant aisément un passage entre les (trop) nombreux Chinois. Pour traverser la forêt de pierres, on circule sur d'étroits sentiers qui montent et qui descendent, qui épousent le paysage. Chaque rocher a une forme unique. Certains sont baptisés, comme cet éléphant sur une plateforme.

La pluie donne encore plus de relief aux rochers, détrempés par endroits. Elle ne décourage pas les groupes de Chinois, nombreux à se presser dans les principaux sentiers. Il suffit de fuir la cohue pour apprécier toute la beauté de ce lieu grandiose. Du haut d'un promontoire, on peut observer cette forêt qui semble infinie d'en bas.

Les rochers font une dizaine de mètres de haut, parfois davantage. D'en bas, impossible de savoir où on va. On se perd facilement dans ce labyrinthe naturel. Malgré notre boussole intégrée, nous avons dû, après quelques heures de marche, demander notre chemin à des guides pour retrouver la sortie. Mais la visite de cette impressionnante forêt de pierres valait largement chaque détour!

De Chengdu à Kunming

Au cours des dernières semaines, nous avons visité quatre provinces chinoises. Nous avons pris notre temps pour visiter la beauté naturelle du Guangxi, à Guilin et surtout à Yangshuo. Nous avons fait un bref séjour à Chongqing, où nous avons été témoins des inondations qui ont fait l'objet d'une couverture internationale. Chengdu était notre base au Sichuan, où nous avons visité les environs. Nous n'avons pas pris la route pour nous rapprocher du Tibet, croyant que nous pourrions le faire du Yunnan. Erreur.

Nous sommes présentement à Kunming, la métropole du Yunnan. La petite ville d'à peine un million d'habitants est juchée à 1900 mètres d'altitude. C'est la plaque tournante de la région et le lieu où préparer la paperasse en vue de franchir la frontière sino-vietnamienne.

À la gare de Chengdu, les nombreux voyageurs pour Kunming se pressaient contre les barrières de sécurité. Pour éviter la cohue, nous avons trouvé refuge dans le salon de thé de la gare. À peine avons-nous posé les fesses sur les divans de cuir qu'on nous presse de nous relever. Les hôtesses nous poussent un peu plus loin, jusqu'à une porte qui donne accès au corridor, de l'autre côté de la barrière. Notre train était arrivé. Nous sommes passés devant tous les voyageurs et sommes montés à bord les premiers, deux gobelets de thé à la main. Les 20 yuans les mieux investis de la journée!

Nous sommes maintenant habitués aux trajets de nuit en train. Vingt heures? Un pet! Dans notre wagon, des ados nous observaient. Furtivement, elles se sont approchées de nous. Clic! Clic! Quelques photos des gamins. «Wow! Vous savez que Manu ressemble à Justin Bieber?» C'était un compliment... Et la porte d'entrée pour nous envahir. En quelques minutes seulement, ces écolières en voyage organisé avaient envahi nos couchettes, une dizaine d'entre elles empilées les unes sur les autres. Elles se pâmaient, pendant que Manu et Louka luttaient pour leur survie et leur indépendance. Pendant ce temps, à quelques kilomètres seulement de notre destination, le train était arrêté sur les rails.

Une montagne de déceptions

La Chine, c'est vaste. Et en partie montagneux. Les monts sont nombreux et éparpillés dans de nombreuses régions. Je souhaitais grimper une montagne. Juste une. Ce sera mon rendez-vous manqué en Chine.

Il y a eu d'abord le Huang Shan, mont vénéré sur notre trajet entre Xi'an et Shanghai. Nous étions au début de notre voyage. Nous aurions dû couper en deux un déplacement en train qui se faisait aisément de nuit, puis nous taper des autobus et tout le tralala. Trop compliqué, il y en aura d'autres. À Yangshuo, nous admirions un pic karstique au cœur de la ville. Quand nous avons voulu le grimper, les inondations avaient rendu l'ascension trop périlleuse. Vive déception.

Au Sichuan, nous avions le Qingcheng Shan dans la mire. Ce matin-là, souliers de marche aux pieds, pique-nique au dos et cœur au ventre, nous nous sommes présentés à la gare de Chengdu. Les seuls billets disponibles étaient en milieu après-midi, beaucoup trop tard pour réaliser notre projet. Tant pis, nous nous reprendrons au Yunnan. Nous avions déjà nos billets de train pour le lendemain.

Nous n'aurons finalement rien vu du Yunnan. Ou presque. Plusieurs jours en avance, nous avons voulu réserver des billets de train pour Lijiang, ville marquant le début du monde tibétain. Nous y tenions. Nos dates étaient flexibles. Rien, absolument rien, n'était disponible. Les tours opérateurs avaient tout réservé. Pas de mont du Dragon de jade. Pas de pic enneigé. Pas de Mer asséchée à 4400 mètres. Pas de vue sur le glacier. Rien de rien. Sauf une montagne de grognements de ma part.

Non, nous n'aurons rien vu du Yunnan. Ou presque. Il aurait fallu voyager autrement, en groupe organisé comme le font les Chinois. Nous savions que nous devrions faire des choix en visitant la Chine en deux mois à peine. J'aurais souhaité prolonger notre séjour de quelques jours. Et sur notre itinéraire aurait dû se trouver, quelque part, une montagne. Juste une.

Nous quittons demain soir la Chine pour le Vietnam. Zaijian Chine, xin chao Vietnam! Au revoir Chine, bonjour Vietnam!

 

L'ASIE EN BREF...

Tian Tian, Xin Xin... Pourquoi tous les pandas ont double nom? Mystère mystère...

Nous avons failli ne pas survivre à un trajet de touk touk. Le chauffeur, pour nous amener plus rapidement à destination, a eu l'idée de rouler à contre-sens sur un boulevard achalandé. De soir. Les phares éteints. Les autos nous évitaient, les motos nous contournaient, les autobus nous klaxonnaient. Mon cœur voulait arrêter de battre, mais notre chauffeur n'avait aucune intention de s'arrêter. Pris dans le bouchon qu'il avait causé, il a finalement terminé sa course sur le trottoir, nous déposant sur la terrasse du restaurant où nous voulions manger.

Nous avons vu des rats apprêtés dans la vitrine d'un resto.

On peut acheter pour trois fois rien un manteau Canada Goose made in China!

Pour affronter la chaleur accablante, les Chinois se ventilent à l'aide d'éventails. Certains utilisent ceux qu'on connaît, qui se replient en accordéon. Mais certaines entreprises se sont appropriées l'idée et fournissent gratuitement des éventails qui ressemblent à des raquettes de ping-pong, ornés bien évidemment de publicité!

Les parapluies figurent parmi les matières recyclables.

Du tofu qui frit, ça pue!

Les sécheuses n'ont pas la cote. Les femmes suspendent les vêtements sur les toits et les balcons, à la vue de tous. Bobettes et brassières incluses. Tant pis pour l'intimité!

Nous avons puni Manu et Louka en public. Ils couraient dans tous les sens et nous les avons perdus de vue pendant de longues secondes. Alors que nous les grondions, une Chinoise se tenait à leurs côtés, comme si elle avait pris part à leur bêtise. Dès que nous avons fini de sermonner nos enfants, elle s'est précipitée sur eux. «Est-ce que je peux prendre une photo d'eux?» Elle a essuyé un «non» catégorique; le premier du voyage. C'est quand même mieux que ceux qui prennent nos enfants en photo pendant que nous les chicanons ...

J'en ai soupé des maudites soupes ramen!

 

À lire...

Deux gosse en Chine - 9e chronique

Bonjour Vietnam! - 11e chronique

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Derniers commentaires

  • Geneviève
    06 août 2012 - 12:21

    Au plaisir de lire tes prochaines chroniques en direct du Vietnam! Prenez soin de vous quatre;-) -xxx-